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PJL « Justice criminelle et respect des victimes » : mobilisation du barreau de Paris

Calendrier

  • 26 mars 2026
    Audition tripartite par le groupe PS au Sénat
  • 27 mars 2026
    Audition tripartite par la commission des Lois du Sénat
  • 8 avril 2026
    Examen du texte en commission des Lois au Sénat
  • 13 avril 2026
    Examen en séance publique au Sénat
  • Juin 2026
    Examen prévu à l’Assemblée nationale

La position du barreau

Juger plus vite ne signifie pas juger mieux. En matière criminelle, le procès est indispensable pour comprendre les faits, entendre les parties et rendre une décision légitime. Réduire ce temps, c’est affaiblir la justice.

Le procès ne sert pas seulement à établir la culpabilité. Il permet d’expliquer, de confronter les points de vue, de reconnaître la parole des victimes et de donner du sens à la peine.

Le procès peut être difficile pour les victimes mais il est aussi un moment de reconnaissance. Beaucoup de victimes attendent ce moment pour être entendues publiquement et comprendre ce qui s’est passé.

Les attentes des victimes sont multiples : reconnaissance, protection, compréhension. Une procédure simplifiée ne répond pas à l’ensemble de ces besoins.

Une peine n’a de sens que si elle est prononcée à l’issue d’un véritable procès. C’est ce qui garantit sa compréhension et son acceptation.

Les nullités ne sont pas utilisées pour ralentir les procédures. Elles sont des garanties fondamentales. Elles permettent de vérifier que les règles ont été respectées. Une procédure irrégulière ne peut pas produire une décision juste.

Nous nous opposons à un encadrement des nullités parce que les délais proposés sont irréalistes. Les avocats interviennent dans des dossiers complexes, parfois après des années d’enquête. Réduire les délais revient, en pratique, à empêcher l’exercice des droits de la défense.

Le problème est connu : il s’agit d’un manque de moyens. Il faut plus de magistrats, plus de greffiers et une organisation adaptée. On ne résout pas un problème structurel par une réforme procédurale. La solution est d’investir dans la justice, pas de réduire les garanties.

Les avocats ne contribuent pas à ralentir la justice, ils exercent les droits de la défense. Ce ne sont pas des manœuvres dilatoires mais des garanties fondamentales. Le problème n’est pas l’existence des recours mais la capacité de la justice à les traiter.

La prise en charge par le condamné des frais de justice pose une question d’égalité. La justice ne doit pas devenir plus lourde pour ceux qui ont le moins de moyens. La responsabilité pénale s’exprime par la peine. Ajouter une charge financière supplémentaire peut fragiliser davantage sans améliorer la justice.

La réforme étend le champ d’application des cours criminelles départementales, contribuant ainsi à la disparition progressive de la cour d’assises.

Il convient de rappeler que les CCD ont été « expérimentées » en 2019 dans quelques départements, avant d’être généralisées à l’ensemble du pays et avant même la fin de l’expérimentation. Des garanties et des limites drastiques avaient alors été posées par la loi, en raison de l’opposition franche du monde judiciaire à ces CCD. Les accusés en état de récidive de même que ceux qui interjettent appel d’une condamnation par une CCD sont jugés par une cour d’assises, composée notamment de citoyens tirés au sort sur les listes électorales.

Selon une logique devenue trop banale, l’exceptionnel devient la norme et le PJL revient sur ces deux limites. Si ce projet de loi était adopté, un accusé en récidive ou qui fait appel sera jugé par trois magistrats professionnels, et non plus par une cour d’assises.

En outre, la réforme modifie la composition des cours criminelles départementales en faisant passer le nombre de magistrats professionnels de cinq à trois. Les crimes seront désormais jugés comme des délits, en correctionnels. Cette réforme acte donc la disparition presque totale de la cour d’assises composée de jurés citoyens.

Nous sommes opposés à une réforme qui affaiblit les garanties sans répondre aux vrais enjeux. La justice a besoin de moyens et d’une réflexion de fond, pas d’une simplification qui la fragilise.

Il met en place également un nouveau régime des nullités, imposant des délais plus stricts rendant quasiment ineffectif l’exercice de ces nullités. Ainsi, ces nullités, pourtant essentielles aux droits de la défense ne pourront être soulevées en tout état de la procédure mais devront être anticipées dans un délai de 3 à 5 jours avant l’audience.

Cette réforme propose enfin de modifier la composition des cours criminelles départementales, en autorisant des personnes qualifiées — dont on ignore si elles sont juristes — à compléter ces juridictions, cruellement dépourvues de magistrats.

Ces mesures, parmi d’autres, démontrent la dégradation de la raison d’être à la fois de l’audience, mais aussi des juridictions. Cette réforme s’inscrit donc dans un chemin malheureusement commencé depuis longtemps, où l’on voudrait que la justice soit plus mécanisée, plus automatique, plus déshumanisée, pour faire croire qu’elle serait alors plus efficace.

Votre Conseil de l’Ordre a voté une opposition totale à ce projet de loi, qui est une nouvelle manifestation — mais quelle manifestation ! — du discrédit que l’on porte au droit et à la justice dans notre pays. Le Conseil a donc décidé d’une grève du barreau, qui prendra la forme d’une grève du zèle adaptée à chaque procédure : absence de désignation dans les affaires où la présence de l’avocat est obligatoire, et mobilisation massive dans toutes les audiences où la liberté est en jeu, afin d’y exercer pleinement les droits de la défense.

Votre conseil de l’Ordre a voté le principe d’une grève renouvelable chaque semaine à compter du 1er avril, ainsi qu’une journée « Justice morte » le 13 avril prochain, date de l’examen du texte au Sénat.

Ainsi, le justiciable ne sera jamais abandonné par les avocats du barreau de Paris et ne sera pas non plus oublié car il est au centre du combat contre une réforme qui voudrait voir ses droits de la défense et son droit à un procès équitable mis à mal.

C’est la raison pour laquelle je vous appelle, toutes et tous, à vous mobiliser dans vos audiences, dans vos dossiers, auprès de vos clients, auprès de nos consœurs et confrères, auprès de tous les relais que vous connaissez, pour alerter sur cette attaque faite au fondement même de nos conceptions juridiques, de nos valeurs et des valeurs et libertés que, quelle que soit notre pratique, nous ne cesserons jamais de défendre.

Louis Degos, bâtonnier de Paris

Découvrir le vade-mecum « Défense massive projet de loi justice criminelle »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les barreaux étrangers nous soutiennent 

 

 

COURRIER DU CCBE AU GARDE DES SCEAUX

ff

 

 

 

Lettre de soutien de l'Ordre National des Avocats de Tunisie

Communiqué de soutien aux Barreaux français, au Conseil National des Barreaux (CNB) et à la Conférence des Bâtonniers

ddd

 

Dans les médias

 

 

La colère monte chez les avocats contre le projet de réforme de la justice criminelle

afp

 

 

A Paris, les avocats lancent une « grève du zèle » contre le projet de « plaider-coupable criminel »

le monde

 

 

« Non à une justice à deux vitesses », par Louis Degos et Carine Denoit-Benteux, bâtonnier et vice-bâtonnière de Paris

tribune dimanche

 

 

« C’est un bras de fer qui commence » : Gérald Darmanin confronté à la puissance de feu des avocats, en colère et en grève

figaro

 

Le barreau de Paris en grève dès mercredi contre le projet de loi de Gérald Darmanin sur la justice criminelle

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Les avocats en grève contre la réforme Darmanin : « On passe d’une justice humanisée à une justice mathématisée »

parisien

 

 

Lettre du bâtonnier Louis Degos

 

Paris, le 31 mars 2026

Chères consœurs, chers confrères,

L’instant est grave car c’est la question fondamentale du juste et de l’injuste qui est aujourd’hui en danger.

Le projet de loi Justice criminelle et respect des victimes institue en fait une réforme des procédures pénales qui conduit à un abaissement des garanties de bonne justice, dans le but avoué de gagner du temps pour rattraper, si possible, les nombreuses affaires qui sont en attente d’être jugées.

Cette réforme nous concerne tous, pas seulement les avocats pénalistes, car c’est encore une fois une volonté du gouvernement d’utiliser les avocats et leur exercice professionnel, mais aussi les justiciables, comme marge d’ajustement aux problèmes de finances publiques et d’organisation de l’État.

Pour des raisons de comptabilité, de budget, de gestion de stocks, de manque de ressources humaines, en particulier de magistrats, ce projet de loi instaure une procédure de jugement des crimes reconnus (PJCR), une sorte de plaider-coupable à la française, qui a pour objectif d’éviter la tenue d’une véritable audience de jugement.

Appel à mobilisation du bâtonnier letttre photo

Plaider-coupable criminel : un paysage européen contrast