Retour sur le procès fictif "Peut-on encore défendre la performance ?" à la REF26
Derrière chaque avocat, il y a aussi une réalité entrepreneuriale : gérer une activité, une trésorerie, des charges, des risques et une responsabilité. Des réalités que les dirigeants d’entreprise connaissent bien.
Cette proximité est essentielle. Car l’avocat ne conseille pas l’entreprise depuis l’extérieur : il comprend les contraintes de l’entrepreneur parce qu’il les connaît lui-même. Cette expérience des réalités économiques permet ainsi à l’avocat d’être, au quotidien, un véritable partenaire des entreprises : sécuriser leurs décisions, accompagner leurs projets, anticiper les difficultés et leur permettre d’entreprendre avec davantage de confiance.
C’est dans cet esprit que le barreau de Paris a participé, le 26 août, au Grand Procès fictif de la Performance, organisé à l’occasion de LaREF26, au Tenniseum de Roland-Garros.
La performance appelée à la barre
Pendant près d’1h30, la « performance » s’est retrouvée sur le banc des accusés. Escroquerie, harcèlement moral, abus de pouvoir : les chefs d’accusation étaient sérieux.
Derrière cet exercice volontairement théâtral et décalé se cachait pourtant un débat particulièrement actuel pour les entrepreneurs et les dirigeants : jusqu’où faut-il rechercher la performance ? À quelles conditions peut-elle être durable ? Et quelle place accorder à l’humain, au partage de la valeur et à la création de valeur ?
Car la performance est ambivalente. Elle peut être synonyme d’innovation, d’investissement, de développement et de souveraineté. Mais lorsqu’elle devient une injonction permanente ou se réduit à la seule logique du chiffre, elle peut également alimenter l’accélération, le court-termisme et la pression sur les individus.
Les témoignages ont permis de faire entendre des voix différentes et complémentaires.
Serge Papin, Ministre des Petites et moyennes entreprises, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’achat, a rappelé que la performance ne peut avancer sans deux « rênes » essentielles : le partage de la valeur et la transmission.
Gilles Finchelstein, secrétaire général de la Fondation Jean-Jaurès, a porté l’accusation contre une performance devenue insatiable, guidée par la seule métrique financière et le culte du résultat.
À l’inverse, Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, est venu défendre l’énergie vitale, l’effort et la capacité des entreprises à créer de la valeur, au service notamment de l’innovation, de l’investissement et du bien commun.
Un débat qui dépasse donc largement la seule question de la rentabilité : performer, oui, mais pour quoi faire et au bénéfice de qui ?
Le procès a également été porté par l’éloquence des Secrétaires de la Conférence des avocats du barreau de Paris : Louis-Joseph Ricard et Ambroise Palle pour l’accusation, Emilie Quinton et Pierre Zientara pour la défense.
Réquisitions, plaidoiries, débat contradictoire et répliques piquantes se sont succédé sous la présidence de Bertrand Périer, avocat au Conseil d’État et à la Cour de cassation, dans un exercice mêlant avec talent rigueur juridique, humour et réflexion.
Cette mise en scène judiciaire a permis de donner une forme concrète à des interrogations qui traversent aujourd’hui les entreprises : comment concilier exigence de résultats et responsabilité ? Comment faire de la performance un levier de croissance sans qu’elle devienne une fin en soi ? Et comment inscrire la création de valeur dans le temps long ?
La performance relaxée… mais pas blanchie
À l’issue d’1h30 de joutes verbales, d’interrogatoires et de plaidoiries, le public a finalement rendu son verdict : la performance est relaxée.
Une relaxe qui ne signifie pas pour autant qu’elle ressort indemne du procès. Les débats ont révélé ses contradictions et rappelé qu’une performance durable ne peut se résumer à une série d’indicateurs financiers.
Au-delà du verdict, cette expérience aura surtout permis de créer un dialogue inédit entre le droit, l’entreprise et la société. Elle illustre aussi la capacité du barreau de Paris à investir les grands enjeux économiques et sociétaux et à mettre son expertise au service de celles et ceux qui entreprennent.
Car l’avocat, parce qu’il connaît lui-même les réalités économiques et les responsabilités liées à l’exercice d’une activité, est aussi un acteur de cette réflexion. Accompagner la performance, c’est contribuer à la rendre plus sûre, plus durable et plus responsable.
Un procès à la fois philosophique, économique et résolument piquant, qui laisse finalement une question ouverte : si la performance est libre, sommes-nous pour autant prêts à faire évoluer notre définition de la réussite ?
(Re)découvrir le procès fictif en images