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Ce 8 mars, les avocates se mobilisent pour l’égalité réelle

Mis à jour le 11 mars 2026

Le 8 mars, chaque année, la Journée internationale des droits des femmes nous invite à mesurer le chemin parcouru. Oui, des avancées majeures ont été obtenues dans différents domaines. Et en ce 8 mars nous pouvons nous féliciter de l’action engagée par le législateur pour le monde du travail. Car la loi Rixain du 24 décembre 2021, qui favorise l’accès des femmes aux postes de direction par l’instauration de quotas, entre dans une nouvelle étape de son calendrier : à compter de ce mois de mars 2026, les entreprises devront compter 30% de femmes parmi leurs cadres et au sein de leurs instances dirigeantes. Elles devront être 40% d’ici 3 ans. Le droit est donc un puissant levier de changement dans les entreprises.

Mais ce 8 mars nous rappelle aussi qu’il reste beaucoup à faire pour atteindre l’égalité réelle dans le monde économique où tant d’inégalités persistent. Il n’est qu’à observer la disparité des trajectoires professionnelles, le manque de reconnaissance du travail effectué par les femmes, les difficultés de conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle, ou les écarts salariaux.

Selon une étude publiée par l’Insee le 26 février 2026, l’écart de salaire net en équivalent temps plein dans le secteur privé demeure de 14%. Certes, il était de 22,1% en 1995. Le progrès est donc réel. Mais au rythme actuel, il faudrait encore près d’un demi-siècle pour atteindre l’égalité.

Dans la sphère financière, les économistes Alexandra Niessen-Ruenzi et Stefan Ruenzi ont montré en 2025 que les inégalités commencent dès l’enfance : les filles reçoivent moins d’argent de poche, et sont moins éduquées aux sujets financiers. À l’âge adulte, elles investissent plus tard et moins que les hommes – non par manque de compétence mais en raison des blocages culturels auxquels elles sont confrontées. Or, moins d’investissement, c’est moins de patrimoine accumulé. C’est davantage de vulnérabilité à la retraite. Ce sont des inégalités qui se transmettent, de génération en génération. L’égalité entre les femmes et les hommes n’est donc pas seulement une exigence juridique ou morale, c’est aussi un levier économique majeur.

En ce domaine, le constat est clair : la loi est indispensable, mais elle ne peut pas tout. On ne peut pas légiférer sur chaque stéréotype. On ne peut pas décider par décret la fin des biais inconscients. On ne peut pas imposer par circulaire la confiance en soi que des décennies d’éducation et de socialisation sexistes ont érodée. 

Le défi est donc aussi culturel.

Il suppose une éducation financière égalitaire dès l’enfance. Une vigilance accrue dans les représentations médiatiques. Une lutte active contre les biais de recrutement et de promotion. Une transformation des organisations professionnelles. 

Il suppose également de donner aux femmes les moyens d’exercer pleinement leur leadership – non pas en imitant des modèles préexistants, mais en redéfinissant l’exercice et la finalité mêmes du pouvoir. 

Voilà pourquoi nous, avocates au Barreau de Paris, soutenons l’initiative de la Vice-Bâtonnière du Barreau de Paris, Carine Denoit-Benteux, de créer un Institut du Leadership au Féminin. En fédérant des expériences venues du monde politique, économique, culturel, académique, associatif, cet Institut poursuit un objectif essentiel : faire en sorte que les droits des femmes demeurent une priorité de l’action publique, notamment à l’approche des échéances électorales.

Les inégalités économiques ne sont pas un combat réservé aux femmes de milieux favorisés. Toutes reflètent un même schéma, depuis l’entreprise jusqu’à la sphère familiale en passant par les droits fondamentaux. Le durcissement de l’Aide médicale d’État régulièrement envisagé par des personnalités politiques, tout comme les débats récurrents sur l’Aide juridictionnelle, ne sont pas de simples ajustements budgétaires, ils fragilisent d’abord les conditions concrètes d’accès au droit, et donc les conditions de vie, pour les femmes fragilisées par la maladie, la pauvreté, la violence conjugale. De même, lorsque les principes démocratiques vacillent, les droits des femmes sont les premiers remis en cause. C’est un continuum qui relie l’accès aux droits, l’égalité et le libre exercice des responsabilités par les femmes.

Nous, avocates, sommes mobilisées à chaque instant pour défendre les droits fondamentaux et l’État de droit. Mais nous savons aussi que le droit ne devient effectif que lorsque la société est prête à l’incarner. À lui seul, il ne suffit pas pour résoudre les blocages qui empêchent les femmes d’innover, de diriger, de décider.

Le temps est venu d’aller au-delà de l’empilement des textes. 
Le temps est venu d’opérer un changement culturel profond.
Le temps est venu de faire du leadership au féminin non pas une exception, mais une évidence.

Liste des signataires de la tribune à l’initiative de Carine Denoit-Venteux, vice‑bâtonnière du barreau de Paris

ACHACHE Florence
AKORRI Safya
ALEXANDRE Anne-Gwenn
AMARA BETTATI Clémence
ATALLAH Ana
ATTIAS Dominique
ATTIAS Nathalie
AYTAC Rusen
BARIANI Julie
BEDOSSA Laurence
BELLOY Chloé
BEN MOUSSA CHERRAOUI Kaoutar
BOCCARA Annabel
BOESEL Delphine
BOUISSOU Alice
BOURRY D'ANTIN Martine
BOUSARDO Vanessa
BRELY Clarisse
BRUGERE Solenne
BRUN-LORENZI Catherine
BUTRUILLE-CARDEW Charlotte
CADARS BEAUFOUR Céline
CADIOU Muriel
CAHEN Marie-Chantal
CARAYOL Suzanne
CARRERE Nathalie
CASADO Anne-Laure
CASTELLANE Béatrice
COHEN GUILLEMINET Marie-Hélène
COHEN-LANG Sonia
COTTINET Marie
COUDERT Valentine
COUFFIGNAL Marion
COUTURIER Julie
DABADIE Marie-Laure
DAYAN Michelle
DE LA GARANDERIE Dominique
DE PUYSEGUR Caroline
DEFLERS Elisabeth
DELANN0Y Virginie
DENOIT-BENTEUX Carine
DOUVRELEUR Claire
DUEZ-RUFF Valérie
EDJANG Marie Claude
ENCINAS Stéphanie
FABIANI Marie-Hélène
FÉRAL-SCHUHL Christiane
FERNET Marie
FISHELSON Mary-Daphné
FRANCESCHI-BARIANI Janine
GALLOT LE LORIER Marie Anne
GIMBERT Héloïse
GOLDSZAL Maryla
HABAUZIT-DETILLEUX Marie-Claude
HALBOUT Juliette
HAZIZA Stéphane
HECQUET Françoise
HERIDA Saliha
HILDEBRAND Charlotte
HOFFMAN Emmanuelle
HOUARI Fadela
ISSAIDEN Lobna
JAAFAR Delphine
JOUANNEAU Mathilde
JOURDE Marie-Alice
KEMEL Sabrina
KIFFER Laurence
KNEUSÉ Emmanuelle
KOUDADJE GÉPY
KRIEF Laurence
LAGRUE Marianne
LALERE Pascale
LE BORGNE Lise
LE QUILLEC Gaëlle
LECLERCQ Catherine
LEFEBVRE Lucie
LEOPOLD COUTURIER Béatrice
LEPANY Franceline
LEPETIT Clotilde
LEVY Anne-Sophie
LONGUET Brigitte
MALINBAUM Martine
MANAHILOFF Ariane
MARY Tiphaine
MATTEOLI Constance
MECARY Caroline
MERTEN-LENTZ Katia
MIGNON LOUVET Karine
MINOT Juliette
MOCKEL Sandy
MOIRON-BRAUD Elisabeth
MONLOUIS Joëlle
MOUËT-BARAT Françoise
MULON Elodie
ORIOL Alice
OSTER Elizabeth
PALEY-VINCENT Catherine
PASCAREL Carole
PERQUIN Alexandra
PERRAZI-TOUZET Marie
PIWNICA Dominique
POIVEY LECLERCQ Hélène
PONS Frédérique
POTIER Camille
PLUMEL Andréa
PUJOS Delphine
QUER Elodie
REGENT Barbara
RIBEIRO Virginie
RORET Nathalie
ROSANO Valérie
SAADA Rachel
SAINT GENIEST Catherine
SARRE Sophie
SERRE Clarisse
SIGAUT CORNEVAUX Christine
SIKYUREK Milan
TOBY Caroline
TOINEL Denise
TRIC Laure
TIRY-HESSE Louise
TUFFAL NERSON Véronique
VASSEUR Emilie
VICELLI Marie
VERCHEYRE GRARD Carole
WAGALA Véra-Mélisse
WEHBE Agathe
WEISS-GOUT Béatrice
YANG-PAYA My-Kim
des YLOUSES Anne Laure Hélène
ZIMMERMANN Sylvia