Indépendance économique : pourquoi les femmes doivent-elles (encore) se battre ?
Ecart de pension de 38 % à la retraite, chute de 22 % du niveau de vie après une séparation : derrière ces chiffres, ce sont de véritables choix juridiques (régime matrimonial, prestation compensatoire, transmission) sur lesquels l'avocat intervient en première ligne.
Le 25 juin, le colloque de l'Institut du Leadership au Féminin a réuni à la Maison du barreau la présidente de l'AMF, la présidente de la Chambre des notaires de Paris et une centaine de confrères autour d'une conviction : l'indépendance économique des femmes se construit aussi dans nos cabinets.
Le droit, levier ou angle mort ?
« Pour améliorer la place des femmes dans les lieux de décision économique, le droit est un puissant levier de transformation », a posé d'emblée Carine Denoit-Benteux, vice-bâtonnière du barreau de Paris, en ouvrant les travaux. Un levier qui suppose de « transmettre aux femmes les outils de leur autonomie : l'éducation financière, la connaissance des mécanismes patrimoniaux, la compréhension des enjeux économiques des différentes étapes de leur vie ». Le constat dressé par les intervenantes est sans appel : l'arsenal juridique s'est étoffé : index d'égalité professionnelle, quotas, congé parental renforcé au 1er juillet 2026 sont autant d'exemples concrets. Pourtant, les écarts résistent parce que les lois traitent les symptômes mesurables quand les causes profondes (répartition du travail domestique, stéréotypes intériorisés, orientation biaisée) restent hors de leur portée directe.
Les chiffres clés
- 38 % : l'écart de pension de retraite entre femmes et hommes (Insee, Drees, EIR, modèle ANCETRE, 2023) ;
- - 22 % : la baisse du niveau de vie des femmes l'année suivant une séparation, contre - 3 % pour les hommes (Insee) ;
- - 25 % : la perte de revenus des mères dans les cinq ans suivant une naissance (Insee, 2029) ;
- Moins d'un quart du 1 % des plus hauts revenus sont des femmes, alors qu'elles représentent 44 % des salariés du privé (Insee, 2024) ;
- 4 % : l'écart salarial résiduel à poste strictement équivalent (Insee, 2024).
Ce qui se joue vraiment
Les inégalités patrimoniales sont largement invisibles au moment où elles se créent, et c'est précisément là que le rôle de conseil de l'avocat entre en jeu
- Au moment du couple : le choix du régime matrimonial (ou l'absence de contrat) est le premier acte patrimonial de la vie d'une femme, souvent signé sans mesurer ses effets à vingt ans. La séparation de biens protège l'entrepreneur… Et cela fragilise le conjoint qui réduit son activité pour la famille.
- Au moment de la séparation : la prestation compensatoire reste l'outil central de correction, encore faut-il documenter le sacrifice de carrière : temps partiels subis, renoncements à mobilité, années de congé parental.
- Au moment de la transmission : successions et donations reproduisent des inégalités anciennes (transmission de l'outil professionnel aux fils, de la résidence aux filles, avantages matrimoniaux mal calibrés).
- Dans les situations de violence : la dépendance financière est à la fois un facteur d'emprise et un obstacle au départ.
Prochaines étapes de l'Institut
Ces échanges, et ceux à venir, vont donner lieu à la publication d’un livre blanc, dont les propositions seront remises aux candidates et candidats à la Présidentielle le 8 mars 2027, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, pour les inciter à prendre des engagements concrets sur ces enjeux.
Ce qui a changé au 1er juillet 2026Le congé supplémentaire de naissance est entré en vigueur le 1er juillet dernier. Créé par la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, il octroie 1 à 2 mois de congé indemnisé à chaque parent, qui s’ajoutent aux congés existants (maternité, paternité et accueil de l’enfant, adoption). Il vient les compléter pour offrir davantage de temps aux familles pendant les premiers mois de vie de l'enfant. Le congé supplémentaire de naissance doit être pris dans un délai maximal de 9 mois suivant la naissance ou l’arrivée de l’enfant dans le foyer. Et il ne peut démarrer qu'après expiration des congés de maternité, de paternité et d'accueil de l'enfant ou d'adoption auxquels le parent a droit. Source : Service-public.gouv.fr |
L'Institut du Leadership au FémininLancé en mars 2026 à New York à l’occasion de la a 70e Commission de la condition de la femme des Nations Unies, l'Institut du Leadership au Féminin, porté par la vice-bâtonnière Carine Denoit-Benteux, est destiné à devenir un espace institutionnel de réflexion et de propositions juridiques et institutionnelles pour faire progresser et renforcer - de manière concrète, opérationnelle et durable – les droits des femmes et la solidité de notre démocratie.
Les échanges viendront nourrir les travaux de l'Institut du leadership au féminin, dans la perspective des Etats généraux des droits de la femme qui se tiendront le 8 en mars 2027. |
Les intervenantes du colloque du 25 juin sont : Marie-Anne Barbat-Layani (haute fonctionnaire, présidente de l’Autorité des Marchés Financiers), Sophie Thibert-Belaman (présidente de la Chambre des notaires de Paris), Charlotte Jacquemot (chercheuse à l'ENS, lauréate du Prix de la délégation aux droits des femmes du Sénat), Sandrine Sarroche (humoriste), Clémence Amara-Bettati (membre du Conseil de l’Ordre, co-Secrétaire de l’Institut du Leadership au Féminin et présidente de l’association Femmes et Droit) et Sabrina Kemel (membre du conseil de l'Ordre du barreau de Paris, co-Secrétaire de l’Institut du Leadership au Féminin et modératrice).