Editorial

Frédéric Sicard : «Il faut permettre à des avocats de devenir magistrats»

Mis à jour le 24.03.2017

Le bâtonnier de Paris Frédéric Sicard a accordé une interview à Paule Gonzales du Figaro.

Le bâtonnier exprime tout d’abord son inquiétude concernant le climat politique ambiant, la prééminence des affaires et certaines déclarations dangereuses, notamment le fait que  « sur une grande radio nationale, il a été dit qu'une centaine d'avocats, devenus parlementaires, étaient en conflit d'intérêts ». Le climat est « malsain » précise Frédéric Sicard, pour qui l’on assiste à une « attaque contre le monde politique dans son ensemble ». Le mélange des genres entre la politique et la magistrature, notamment illustré par le juge Eric Halphen, soutien déclaré d’Emmanuel Macron, entretient ce flou. Frédéric Sicard se déclare même scandalisé « de voir un magistrat qui fait de la politique nous expliquer qu'une mise en examen ne serait pas, en l'état, caractérisée mais que pour autant, l'homme serait coupable»

Abordant ensuite la question de la justice dans la campagne présidentielle, qu’il considère comme s’étant finalement imposée comme un « sujet central », Frédéric Sicard tient à rappeler l’importance de la défense et notamment du respect du secret. Regrettant sa mise à mal, le bâtonnier de Paris s’interroge sur la solidité d’une société « où ne peut se confier à personne » C’est pour cela qu’il milite activement pour la constitutionnalisation des droits de la défense.

Concernant les moyens de la justice, Frédéric Sicard juge « inadmissible que la France en soit toujours à 10,5 juges pour 100.000 habitants alors que nous devrions être à 21 » Il précise que les avocats doivent pouvoir devenir magistrats et que l’Ordre de Paris a réfléchi à un dispositif pour permettre de faciliter les passerelles entre les deux professions.

Répondant à une question sur la carte judiciaire, Frédéric Sicard plaide pour « une justice de proximité » qui devra accompagner au plan local une nouvelle centralisation nationale.

Evoquant enfin l’épineux problème de l’aide juridictionnel, le bâtonnier de Paris alerte sur le fait que celui-ci devra impérativement être réglé lors du prochain quinquennat. Pour lui, il s’agit toujours « d’une charge régalienne relevant de l’impôt »