Editorial

Chine : Arrestation massive d'avocats et de défenseurs des droits de l'homme

Droits de l'Homme

Mis à jour le 17.11.2015

Depuis le 9 juillet 2015, un nombre sans précédent d’avocats et d’activistes des droits de l’homme ont été arrêtés et interrogés dans la Chine entière, suscitant une vive indignation de la part des associations et des ONG de défense des droits de l’homme.

Cette vague de répression a d’abord concerné le cabinet pékinois Fengrui, spécialisée dans la défense des droits civils. Le 9 juillet, une de ses avocates, Wang Yu, a été arrêtée à Pékin avec son mari et ses collègues et n’a plus donné de nouvelles depuis cette date. Suite à cette première disparition, plusieurs avocats du même cabinet ont également été interpellés sous prétexte d’enquête, sans chef particulier d’accusation, et leurs bureaux ont été perquisitionnés.

C’est une campagne de répression d’ampleur sans précédent qui frappe des personnalités emblématiques de la défense des droits de l’homme. D’après l’ONG Chinese Human Rights Lawyers Concern Group, basée à Hong Kong, ce sont 269 avocats et activistes qui ont été placés en détention provisoire au cours des cinq dernières semaines, accusés par les autorités chinoises de soutenir l’activisme du cabinet Beijing Fengrui. La plupart des avocats arrêtés travaillaient sur des affaires liées aux droits de l’homme et avaient signé la déclaration publique condamnant la disparition de Wang Yu.

ONG et experts dénoncent un durcissement de la répression sous la présidence de Xi Jinping contre les voix critiques à l’égard du régime, qu’il s’agisse de militants des libertés ou de simples blogueurs. Bien que le gouvernement chinois mette en avant le concept d’ « autorité de la loi », la justice reste encadrée par le pouvoir communiste et les autorités politiques.

A la mi-août 2015, 123 avocats et 116 non-avocats qui avaient fait l'objet d'interrogatoire ont été libérés. Cependant, douze avocats (parmi lesquels Wang Yu) et huit non-avocats sont toujours en détention criminelle et cinq sont  portés disparus, d’après cette même ONG hongkongaise. A une exception près, aucune des personnes arrêtées n’a accès à un avocat. Human Rights Watch rappelle avec gravité que la détention secrète entraîne de sérieux risques de torture et autres abus pour les personnes détenues.

Par ailleurs, le cabinet Fengrui a été la cible privilégiée des médias gouvernementaux qui l’ont qualifié de « bande de criminels tentant de créer des troubles à l’ordre public » et ont diffusé des allégations non fondées sur ses membres. Le 18 juillet, l’agence de presse chinoise Xinhua a affirmé que le directeur de Fengrui avait reconnu « avoir violé la loi » et « menacé l’ordre social ».

Le bâtonnier de Paris a adressé le 27 juillet dernier une lettre au Premier ministre chinois afin d’exprimer sa profonde inquiétude concernant la situation des défenseurs des droits de l’homme en Chine, et de rappeler les obligations auxquelles la Chine est tenue au regard du droit international. Le barreau de Paris encourage vivement la Chine à veiller à ce que toutes les personnes en détention provisoire bénéficient des garanties d’une procédure régulière et du droit à un procès équitable. Il incite également l’Etat chinois à se conformer aux Principes de base relatifs au rôle du barreau (1990) garantissant aux avocats le droit d’exercer leur profession dans des conditions conformes aux standards internationaux des droits de l’homme.