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In memoriam Daniel Jacoby

Mis à jour le 06.04.2020

Daniel Jacoby, notre confrère, a été emporté ce 31 mars par la pandémie qui affecte la terre entière. Il avait 87 ans.

Secrétaire de la Conférence en 1959 dans une promotion du Bâtonnier Arrighi, il fut tout au long de sa vie l’avocat des humbles et des persécutés. Président de la Fédération Internationale des Droits de l’Homme, il fut animé toute sa vie par une extraordinaire compassion, celle-là même que l’on a l’occasion d’admirer chez ceux dont l’enfance a été exposée à l’injustice et au malheur.

Dans le train qui nous emmenait, voici une vingtaine d’années, à Strasbourg où nous allions plaider pour les parlementaires Kurdes de Turquie afin d’y obtenir la condamnation de cet Etat totalitaire, il s’était ouvert à moi d’un souvenir cruel. Il m’avait fait part de l’humiliation que lui avait fait subir, au lycée de Limoges, où sa famille s’était réfugiée, des condisciples qui prétendaient exiger avec violence de le voir nu parce qu’ils le suspectaient d’être Juif. Il s’était réfugié dans un placard à balais où il avait passé une partie de la nuit.

Il faut lire l’ouvrage où il relate les combats de sa vie et qu’il a précisément intitulé Le placard à balais du Lycée Gay-Lussac.

Orateur passionné, il a plaidé contre tous les fauteurs de haine, les racistes, les négationnistes, et notamment pour la cause arménienne en prenant soin de distinguer la recherche historique de l’expression d’un dogmatisme haineux. Il a parcouru le monde pour arracher des grâces à des tyrans ou afin de briser la solitude de proscrits emprisonnés.

Daniel Jacoby avait conservé intact le sens miraculeux de l’enfance, non pas comme une nostalgie mais comme la meilleure part de nous-même faite du sens de l’absolu, de l’espérance et de la fraternité universelle.

Je pleure en même temps un ami et un exemple.

Christian Charrière-Bournazel
Ancien Bâtonnier de l’Ordre