Editorial

Ils ont été arrêtés à l’aube.

Chronique

Mis à jour le 22.03.2016

C’est à 7h09, en ce 16 mars que nous avons été prévenus. L’information est brutale. La violence de l’annonce se mêle à la colère. L’indignation, la volonté d’agir,  de ne pas accepter, de ne pas laisser l’affaire s’éteindre. Nos confrères İrfan Arasan, Ayşe Acinikli, Hüseyin Boğatekin, Şefik Çelik, Adem Çalışçı, Ayşe Başar, Tamer doğan, Ramazan Demir et Mustafa Ruzgar ont été arrêtés à l’aube.

 

C’est à 7h09, en ce 16 mars que nous avons été prévenus. L’information est brutale. La violence de l’annonce se mêle à la colère. L’indignation, la volonté d’agir,  de ne pas accepter, de ne pas laisser l’affaire s’éteindre. Nos confrères İrfan Arasan, Ayşe Acinikli, Hüseyin Boğatekin, Şefik Çelik, Adem Çalışçı, Ayşe Başar, Tamer doğan, Ramazan Demir et Mustafa Ruzgar ont été arrêtés à l’aube.

A quelques milliers de kilomètres de là, sur les rives du Bosphore, dans cette Turquie alliée de la France depuis toujours et qui frappe aujourd’hui à la porte de l’Europe, nos confrères, nos amis, avec qui nous avons partagé tant de combats, tant de luttes, ont été arrêtés au petit jour dans des conditions indignes d’un pays qui se veut démocratique.

Parce qu’ils défendent la liberté, qu’ils ont fait le choix d’exercer pleinement leur mission auprès des opposants, des libres penseurs, de ceux qui dérangent et qui refusent le joug autoritaire, ils ont été arrêtés comme de vulgaires criminels. Ils étaient membres de l’association OHD, Association des avocats pour la liberté : serait-ce un crime ? Serait-ce parce qu’ils devaient plaider le lendemain au procès KCK, une affaire que le barreau de Paris suit depuis maintenant plus de six ans ? C’est en tout cas étonnement leur autre point commun.

Nous ne pouvons pas accepter qu’un avocat soit arrêté parce qu’il veut plaider.  

Avocats parisiens, nous sommes touchés au plus profond de notre âme par ces arrestations de la honte. Arrêter un confrère turc revient à arrêter un confrère parisien !

Nous ne pouvons continuer à exercer notre métier, ici, comme si de rien n’était.

Si nous ne réagissions pas, ce qui se passe sur les bords du Bosphore pourrait arriver un jour sur les bords de la Seine, car nous n’oublions pas que nos gouvernants ont refusé de nous garantir constitutionnellement les droits de la défense.

Nous ne pouvons nous réfugier dans le confort de nos cabinets. Refuser de voir qu’en Turquie, comme dans de nombreux pays de par le monde, nos frères et sœurs de robe sont arrêtés parce qu’ils sont avocats. Parce qu’ils sont avocats fidèles à leur serment.

Une avocate du barreau de Paris est immédiatement partie à Istanbul pour porter notre message : les 27 000 avocats parisiens sont à vos côtés !

Notre mobilisation est sans relâche.

Notre soutien indéfectible.

Il en va de l’honneur de notre barreau et de la survie du droit.

Frédéric Sicard                                                 Domique Attias 
Bâtonnier de Paris                                            Vice-bâtonnière de Paris