Editorial

Etat d’urgence

Chronique

Mis à jour le 19.11.2015

Après le temps de la sidération vient celui de l’analyse et des résolutions...

 

 

La France a été frappée dans son cœur par des attentats meurtriers qui ont visé des lieux où s’exprime la vitalité de notre capitale. Comme l’ensemble du pays le barreau pleure. Il pleure les centaines de victimes dont la vie a été anéantie ou brisée, il pleure la mort de notre confrère Valentin Ribet, celle de Lola, la sœur de notre confrère Clément Salines, il compatit à la douleur de notre consœur Eva Naudon, grièvement blessée au Bataclan.

Notre place est aux côtés de ces victimes désemparées qui ne savent plus vers qui se tourner. Pour elles, nous constituons une cellule composée d’avocats spécialisés dans le domaine de la réparation du préjudice corporel afin de leur venir gratuitement en aide et de les assister, voire de les représenter dans leurs démarches.

Notre place est aux côtés de ceux qui souffrent, des veuves et des orphelins que laissent derrière eux les djihadistes. Mais notre place est aussi aux côté de ceux qui, demain, seront poursuivis pénalement à la suite de ces évènements.

Curieux paradoxe que celui de l’avocat qui peut, qui doit même, défendre la victime ou le bourreau.

Car de la même manière que nous devons nous activer pour porter secours aux innocents qui souffrent, nous devrons prendre en charge la défense d’urgence des terroristes présumés qui ne manqueront pas d’être déférés dans les prochains jours à la suite des interpellations qui ont suivi la proclamation de l’état d’urgence.

Notre barreau devra assurer à tous, quel que soit le côté où ils se trouvent, la meilleure défense possible, soutenu par la compassion que les uns nous inspirent et en dépit de la répulsion que nous éprouvons pour les idées des autres.

Au-delà de ces défis du quotidien nous devrons également mener, dans un climat peu favorable, notre éternel combat pour les libertés. Ce sont elles que les terroristes veulent anéantir et, par un effet pervers, ce sont elles que certains, dans une démarche démagogique maintes fois éprouvée, proposeront de restreindre.

Sous prétexte de lutter contre le terrorisme, nous entendons déjà des voix qui s’élèvent de toutes parts, pour instaurer des lois d’exception et nous mettre tous sous surveillance.

Bien sûr, l’Etat doit se doter des moyens adéquats pour vaincre tous ceux qui, à l’intérieur comme à l’extérieur de nos frontières, tentent de nous imposer leur barbarie. Pour autant nous, avocats, devrons rester vigilants pour préserver la force de ce qui fait de la France un état de droit : LIBERTE – EGALITE – FRATERNITE.      

 

                                                       Pierre-Olivier Sur                                                      Laurent Martinet
                                                    Bâtonnier de l’Ordre                                            Vice-Bâtonnier de l’Ordre