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Retour sur la dernière rencontre des Sentinelles des Libertés intitulée "Pourquoi la laïcité est-elle un champ de bataille ?"

Mis à jour le 16 juillet 2021

Retrouvez les points forts du débat organisé le 12 juillet dans le cadre des Sentinelles des Libertés.

Sentinelles des libertés

Ce webinaire, organisé le 12 juillet dernier, était l’occasion de revenir sur le terme de « laïcité » qui anime tant le débat politique français, depuis plusieurs années maintenant. Julien Brochot, qui a introduit la séance, en expliquant que l’idée de ce débat s’était imposée à la suite du décès tragique de Samuel Paty, en septembre 2020. Ont participé à cette discussion, animée par Delphine Jaafar, Chems Eddine Hafiz, recteur de la Grande Mosquée de Paris et avocat, Haïm Korsia, grand rabbin de France, Richard Malka, avocat spécialiste du droit de la presse, ainsi que Laurence Rossignol, vice-présidente socialiste du Sénat.

Une première partie du débat a été l’occasion pour chaque intervenant de donner sa vision de la laïcité, définie brièvement par Delphine Jaafar en introduction : « Conception politique et sociale impliquant la séparation de la société civile et de la société religieuse, l’État n’ayant aucun pouvoir religieux et les églises n’ayant aucun pouvoir politique » (Alain Rey, 2005). Laurence Rossignol a rappelé que la notion était en constante évolution, et qu’elle ne pouvait être réduite à une loi (celle de 1905) : c’est un esprit, une philosophie. Si elle est tant débattue aujourd’hui, c’est parce qu’elle a été instrumentalisée par l’extrême-droite à des fins racistes, selon elle. C’est pour cela qu’il « faut, en permanence, réhabiliter la laïcité », contre les dévoiements et ses détracteurs. L’ancienne ministre voit ainsi, la laïcité comme un « idéal de société » et même comme « l’une des conditions d’émancipation des individus ».

Chems Eddine Hafiz a expliqué, par la suite, que « ce grand principe (…) permet la tolérance vis-à-vis d’autrui, comme vertu républicaine de premier plan ». Déplorant le fait que le débat se focalise sur les musulmans, le recteur de la Grande Mosquée a insisté sur le fait que « la laïcité [était] une chance pour la France », en permettant aux diverses confessions de vivre librement et à égalité ; la laïcité est un moyen de renouer avec la religion d’une manière éclairée et d’éviter l’obscurantisme. Haïm Korsia a approuvé ces propos, et ajouté que la laïcité permettait la libre expression de tous les cultes, y compris dans le débat public. La laïcité est ainsi « la conjonction de tout ce que nous sommes, dans la volonté d’être ensemble » ; c’est un « liant » qui fait la particularité et la beauté de la France. Richard Malka a conclu cette partie de la discussion en expliquant que cette valeur découlait de l’universalisme des Lumières, et permettait un espace commun en soumettant la loi religieuse à la loi des hommes. Au contraire du modèle multiculturel des pays anglo-saxons, la laïcité incarne « le seul modèle qui permet de vivre ensemble ». Il a déploré le fait que la gauche ait « abandonné le terrain de la laïcité ».

Le débat, qui devait poursuivre sur la question d’un potentiel « prosélytisme laïque », s’est rapidement déplacé vers des questions d’actualité. Laurence Rossignol a notamment rappelé que la loi de 2004 sur l’interdiction du voile à l’école a été condamnée comme « raciste » à l’ONU, qui est dominée par une vision anglo-saxonne des religions ; les intervenants, tous partisans de cette loi, ont reconnu que cette condamnation était une « attaque » contre la laïcité, et un exemple du fait qu’elle était une valeur à défendre. Chems Eddine Hafiz a ensuite rappelé que la majorité des musulmans françaises a réagi positivement à la loi de 2004, et a ensuite fait l’éloge de la jeune Mila qu’il a récemment accueillie dans la Grande Mosquée de Paris ; il en a appelé à une bienveillance générale, afin d’« intégrer l’islam naturellement au sein du creuset républicain ».

Laurence Rossignol et Richard Malka ont ensuite critiqué l’utilisation du terme « islamophobie », qui ne désignerait pas justement le racisme et nourrirait au contraire une « idéologie victimaire » délétère.  Les intervenants ont ensuite débattu sur des thèmes d’actualité en lien avec le foulard islamique – celle de l’assesseure voilée et de l’accompagnatrice voilée – : Haïm Korsia a regretté que le débat public soit pollué par ces questions secondaires, tandis que Chems Eddine Hafiz a appelé à poser concrètement des principes. Une discussion juridique a suivi, Laurence Rossignol rappelant que le droit était incapable de trancher sur ces récentes affaires. La sénatrice socialiste a exprimé sa difficulté à dissocier les questions religieuses et politiques, et apporté une voix féministe pour louer une laïcité qui serait un moyen d’émancipation des femmes, tout en respectant les croyances.

Après un dernier dialogue sur l’absence de mention du voile dans le Coran, les intervenants ont été invités à conclure. « Pour moi, la laïcité est un espoir, un espoir qui nous dépasse. (…) C’est beaucoup plus qu’une loi, c’est une vision philosophique des choses » a expliqué l’avocat de Charlie Hebdo, tandis que le recteur de la Grande Mosquée de Paris a conclu sur la situation des musulmans en France face aux discriminations et aux extrémismes : « Il faut tout faire pour que les citoyens musulmans s’intègrent à la société française, et les choses se règleront d’elles-mêmes. »

Retrouvez l’intégralité du débat des « Sentinelles des Libertés : pourquoi la laïcité est-elle un champ de bataille ? » sur la page Facebook du barreau de Paris.