Editorial

Violences faites aux femmes : le barreau s’engage

Mis à jour le 19.12.2018

Le 26 novembre 2018, au lendemain de la journée internationale pour l'élimination de la violence à l'égard des femmes, le barreau de Paris organisait un colloque sur les conséquences et répercussions de ces violences, notamment sur les enfants, qui en sont les victimes collatérales.

« Les chiffres sont accablants » a ainsi déclaré Marie-Aimée Peyron, bâtonnier de Paris, en ouverture de ce colloque. « On pourrait penser que la mobilisation que nous avons mise en place avec nos juges, nos policiers, nos avocats, nos gouvernements successifs, que les chiffres s’améliorent. Non. Bien pire », a-t-elle poursuivi, encore « aujourd’hui une femme décède tous les 2,7 jours victime de son conjoint ou son ex-conjoint ». En 2008, 167 femmes étaient tuées, en 2016 elles sont encore 123.

Par ailleurs, chaque année, 84 000 femmes majeures sont victimes de viols ou de tentatives de viol, dans 90 % des cas, les agressions ont été perpétrées par une personne connue de la victime et dans 37 % des cas par le conjoint. Pire, les femmes porteuses de handicaps sont plus soumises à ces violences, puisque 45 à 50 % d’entre elles se disent ainsi victimes de viols, a indiqué Marie Conrozier, chargée de mission de la Lutte contre les violences de l'association Femmes pour le Dire Femmes pour Agir (FDFA).

Enfin, victimes collatérales ou « co-victimes » pour reprendre les termes de Dominique Attias, ancienne vice-bâtonnière de Paris, les enfants : ils sont 143 000 à vivre dans un foyer où leur mère est victime de violences conjugales et 42 % d’entre eux ont moins de six ans. Or ces violences ont « un impact traumatique majeur sur les enfants, de l’ordre de l’exposition à des scènes de guerre ou de terrorisme », comme l’a rappelé Édouard Durand, juge des enfants au TGI de Bobigny, membre du conseil scientifique de l’Observatoire national de l’enfance en danger Commission Violences de genre.

Pour Marie-Aimée Peyron, toutes ces violences sont « intolérables dès lors qu’elles portent atteinte à la dignité des femmes et des enfants » Aussi, le barreau de Paris est engagé dans ce combat contre les violences.

Alors que plusieurs permanences spécialisées et actions ont déjà été mises en place, il a souhaité aller plus loin et a organisé en 2018, avec la Fondation des Femmes, une opération de soutien juridique aux femmes victimes de violences et de discriminations : « 365 jours pour les droits des femmes = 365 avocat.e.s ». L’objectif : faire prendre en charge gratuitement les dossiers de 365 femmes victimes de violences sexistes, identifiées par la Fondation des Femmes, par des avocat.e.s du barreau de Paris. Aujourd’hui, ce partenariat a déjà permis à 70 femmes victimes de violences d’avoir accès gratuitement à une assistance juridique et monte en puissance. Près de 130 avocats sont déjà engagés.

Enfin, le Barreau de Paris Solidarité a organisé en juin dernier dans son bus une première permanence de consultation gratuite dédiée, avant de renouveler l’opération le 26 novembre dernier. Son fonds de dotation a également participé au financement de projets présentés par dix associations œuvrant principalement pour la lutte contre les violences et discriminations faites aux femmes, pour l’accompagnement juridique de femmes vulnérables, pour l’insertion de femmes détenues ou pour combattre la traite des femmes.