Editorial

Université d'hiver: "Toute la vérité"

Chronique

Mis à jour le 05.11.2015

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Toute la vérité.

D'après les sondages d'opinion l'image de l'avocat serait bonne, s'il n'y avait deux points de discorde : l'honoraire, à cause de son imprévisibilité ; le mensonge, parce que pour nos clients, l’avocat adverse risquera toujours de renvoyer un reflet déformé de la réalité.

Notre ordre se doit de réagir afin de positionner au mieux notre profession dans la société. C'est une question de confiance et de crédibilité de tous les avocats. Telle est la raison pour laquelle nous avons précédé et soutenu les dispositions de la loi Macron réglementant les conventions d'honoraires, pour moins d’imprévisibilité. Et telle est la raison –notre rejet du mensonge– pour laquelle nous avons souhaité dédier l'Université d'hiver aux questions relatives à la Vérité.

Car l'avocat ne doit pas être assimilé à des arguties fallacieuses. Il est un acteur essentiel de la vérité judiciaire. Une vérité certes de plus en plus de plus scientifique dans les moyens de sa mise en œuvre, mais paradoxalement, de plus en plus complexe à approcher.

Programme et inscriptions sur http://universite-hiver-barreau-paris.fr/

Aujourd'hui un avocat qui se croirait affranchi de tout respect de la vérité serait définitivement  proscrit.

On revient de loin... Il y a dans notre culture dite romano-germanique une tendance extrémiste et –oserons-nous dire– romantique, qui soutient que l'avocat aurait tous les droits.

Y compris le droit de mentir ? Le prétendu droit de mentir…, selon l’expression de Kant.

Le sophisme du droit de mentir de l’avocat serait fondé sur une proposition principale : le mot « vérité » ne figure ni dans les serments de l'avocat, du magistrat ou du juré, ni dans la définition de l'intime conviction. La personne poursuivie ou poursuivante, quant à elle, est purement et simplement dispensée de serment, de telle sorte qu'elle aurait le droit de mentir et son avocat aussi, lui qui, par sa fonction, en porte la parole.

A l’inverse, en droit anglo-américain, tous les acteurs, avocats et magistrats, témoins, victimes et personnes poursuivies, jurent de dire « la vérité » et ils seront parjures s’ils ne tiennent pas cette promesse.

"Paris, place de droit dans le monde", est à la croisée des chemins.

Le besoin de vérité, sinon de transparence, renvoie aujourd’hui les effets de manche de l’avocat menteur aux gravures de Daumier.

L’influence de la Common Law nous y entraîne.

La science nous y contraint.

Le respect des victimes nous y oblige.

Pourquoi pas la morale enfin, dans une lecture plus stricte de nos principes essentiels ?

Nous autres avocats avons tous l’expérience intime d’une erreur judiciaire et de l’insupportable souffrance qu’elle cause. Nous avons tous notre affaire Dreyfus ou notre affaire Outreau...

Alors disons haut et fort que l'avocat doit être acteur de la vérité judiciaire.

N’ayons pas peur. Quand le robot, l’ADN et le big data auront tout dit, il faudra encore le  verbe pour peser sur l’intime conviction du juge. Et le transfert de confiance à conscience –la confiance du client, la conscience de l’avocat puis du juge–, auront toujours besoin du véhicule des mots. Les mots dans leur beauté, leur émotion, leur exigence.

A la fin sera toujours le verbe.

 

Pierre-Olivier Sur, bâtonnier de Paris
Laurent Martinet, vice-bâtonnier de Paris