Editorial

Un juge fédéral ordonne la libération du dernier des « Trois d’Angola »

Droits de l'Homme

Mis à jour le 17.11.2015

Le 8 juin 2015, un juge fédéral a ordonné la libération immédiate d’Albert Woodfox, le dernier des « Trois d’Angola » encore emprisonné. Cette décision vient mettre fin à une détention en isolement de 43 ans subi par Albert Woodfox.

Ce militant des black Panthers a été condamné en 1972 pour le meurtre d'un gardien de prison blanc, un crime qu’il n’a selon toute vraisemblance pas commis  et qu’il a toujours nié.

Tandis que son co-accusé Herman Wallace a été innocenté et libéré en 2013 quelques jours avant de succomber à un cancer du foie, Albert Woodfox a quant à lui été maintenu dans des conditions qui, selon le rapporteur spécial des Nations unies et Amnesty International, s’apparentent à de la torture. Il bat ainsi le record mondial de la plus longue détention en isolement. 

Le juge a indiqué dans sa décision les cinq facteurs qui l’ont conduit à se prononcer ainsi :
- l'âge et la mauvaise santé de Monsieur Woodfox, 69 ans ;
- sa capacité limitée à assurer sa défense en l'absence de nombreux témoins ;
- sa méfiance quant à la volonté de l'Etat d'assurer un procès équitable ;
- le préjudice subi par Albert Woodfox après plus de quatre décennies passées en détention à l'isolement ;
- le fait qu'Albert Woodfox a déjà été jugé deux fois pour un crime commis il y a plus de 40 ans.

Le cas d’Albert Woodfox témoigne d’un acharnement judiciaire de l’État de Louisiane contre lui.

En effet, en février 2013, un juge fédéral avait annulé sa condamnation pour meurtre en raison d'une discrimination raciale dans la sélection du jury. C’était la troisième fois en 20 ans que sa condamnation était annulée. Mais l’État de Louisiane a immédiatement fait appel de la décision auprès d’une autre cour d’appel fédérale. 

Le 20 novembre 2014, trois juges de cette cour d’appel ont, à l’unanimité, confirmé l’annulation de la condamnation.

L’État de Louisiane a alors demandé que ce même tribunal rejuge l’appel, cette fois « en banc », c’est-à-dire que la totalité des 14 juges de cette cour examine cet appel. Demande une nouvelle fois rejetée, le 4 février 2015, ce qui a décidé les avocats d’Albert Woodfox à demander sa libération conditionnelle.

En février 2015, le barreau de Paris avait demandé au gouverneur et au procureur général de ne pas faire obstacle à cet appel et de rendre justice à Albert Woodfox dans les meilleurs délais. Le barreau se réjouit de cette décision et entend continuer à suivre cette affaire de très près. Il regrette vivement que l’État de Louisiane ait décidé d'interjeter appel de la décision.