Article

Shirin Ebadi, avocate iranienne et Prix Nobel de la paix 2003 : « Je remercie le barreau de Paris pour le soutien apporté aux avocats menacés »

Mis à jour le 13.01.2020

Le 29 novembre dernier, Shirin Ebadi, avocate iranienne et Prix Nobel de la Paix 2003, a reçu symboliquement le Prix des droits humains 2019 du Conseil des barreaux européens (CCBE) au nom des avocats iraniens Nasrin Sotoudeh, Abdolfattah Soltani, Mohammad Najafi et Amirsalar Davoudi, auxquels il a été décerné et qui sont actuellement détenus en Iran.

Lors de sa session plénière du 29 novembre à Bruxelles, le Conseil des barreaux européens (CCBE) a décerné son Prix des droits humains 2019 aux avocats iraniens Nasrin Sotoudeh, Abdolfattah Soltani, Mohammad Najafi et Amirsalar Davoudi pour leur courage, leur détermination et leur engagement dans la défense des droits humains en Iran - où aucune forme d'opposition, idéologique ou politique, n'est tolérée.

Compte tenu de la situation de ces quatre avocats actuellement détenus en Iran, Shirin Ebadi, avocate iranienne et Prix Nobel de la Paix 2003, est venue à Bruxelles recevoir le prix symboliquement en leur nom.

Jacques Bouyssou, ancien membre du Conseil de l’Ordre de Paris et délégué du barreau de Paris au CCBE a accueilli Shirin Ebadi à Bruxelles au nom du million d’avocats européens et a pu s’entretenir avec elle.

Jacques Bouyssou : Le barreau de Paris suit avec préoccupation la situation des avocats en Iran. Quel message adresseriez-vous à vos confrères parisiens ?

Shirin Ebadi : Je remercie le barreau de Paris pour le soutien apporté aux avocats menacés et le combat qu’il a engagé pour soutenir en particulier nos confrères iraniens. Le soutien fort et clair apporté par les avocats français à Nasrin Sotoudeh est important et très utile. Le fait par exemple d’en avoir fait un membre d’honneur du barreau de Paris lui permet de bénéficier d’une protection qui, bien sûr n’est que symbolique, mais qui est très forte car elle légitime son combat et montre sa dimension universelle.

Je voudrais aussi appeler les avocats parisiens et plus largement les avocats français à ne pas oublier tous les avocats et défenseurs des droits humains actuellement poursuivis en Iran. La situation s’est brutalement aggravée et, au moment où nous parlons, plus de 200 personnes ont été tuées en pleine rue simplement parce qu’elles manifestaient. Les médias occidentaux n’en ont pas parlé et c’est regrettable parce qu’il faut dire ce que fait aujourd’hui ce régime dans mon pays.

Je voudrais aussi dire aux avocats parisiens et français qu’ils doivent rester vigilants face au recul des libertés partout dans le monde. Malheureusement, l’Iran n’est pas une exception et dans de nombreux pays les avocats sont en danger pour le simple exercice de leur métier. Je pense par exemple à la Chine ou à la Turquie où le sort des avocats est très inquiétant.

Nous savons tous que derrière l’avocat c’est la liberté qui est visée. À cet égard, ce que fait l’Observatoire international des avocats en danger est très positif.

Jacques Bouyssou : Puisque nous nous trouvons à Bruxelles, pensez-vous que l’Union Européenne ait un rôle à jouer en matière de libertés et de droits humains ?

Shirin Ebadi : Tout à fait, et son rôle est même essentiel. Les droits de l’homme et la liberté sont des valeurs que l’Europe a apportées au monde et autour desquelles elle s’est construite. Il faut que l’Europe les défende sans timidité, sans concession. Le monde a besoin que l’Europe parle d’une voix forte et exprime son indignation face aux violations des droits humains.