Editorial

Portrait international - Martin Pradel

Relations internationales

Mis à jour le 13.10.2015

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Jacques BOUYSSOU : Comment avez-vous été amené à développer une pratique internationale ?

Martin PRADEL : Il est fascinant de constater que notre profession nous laisse finalement peu de possibilité de nous arrêter, et de regarder en arrière. En y réfléchissant, les choses se sont faites peu à peu, et très naturellement. J'étais un jeune avocat quand j'ai voulu m'engager pour la défense de valeurs, comme la prévalence de l'état de droit, les Libertés ou le droit à un procès équitable, valeurs qui me semblaient aussi menacées que primordiales.

Quant on est un jeune avocat au sein du barreau de Paris, une voie nous est offerte avec le concours de la Conférence, que j'ai vécu comme un engagement militant au soutien de la défense des plus démunis.

Pendant cette année particulière, j'ai eu la chance que mon Bâtonnier, Christian CHARRIERE-BOURNAZEL, me fasse confiance et me confie la charge de représenter le barreau de Paris et la Conférence lors de procès qui avait lieu à l'étranger, en Tunisie notamment. Les choses se font faites petit à petit et à force d'engagements, d'amitiés, et de rencontres professionnelles fascinantes, je me suis engagé professionnellement à l'international. C'est dans le prolongement de ces engagements que j'ai pu rencontrer le Bâtonnier Mario STASI, qui avait animé depuis sa création la Conférence Internationale des Barreaux, dont l'objet est de rassembler les barreaux francophones du monde entier.

Jacques BOUYSSOU : Quelle est votre activité dominante à l'international ?

Martin PRADEL : Aujourd'hui, je suis particulièrement investi au sein de L'Union Internationale des Avocats, dans laquelle j'ai accepté en 2013 de prendre la Direction des droits de l'Homme et de la défense de la Défense, aux côtés de deux confrères, espagnol et américain. Au quotidien, nous intervenons pour des avocats menacés, partout dans le monde, en raison de leur mission de défense.

Comme avocat au barreau de Paris, j'interviens au-delà de nos frontières aux côtés de confrères étrangers, pour renforcer leur effort dans l'intérêt de leur client. Petit à petit cette activité qui était initialement principalement pénale, se diversifie, et je dois dire qu'il m'arrive de plus en plus de conseiller des particuliers et des entrepreneurs qui sont à la recherche de partenaires de confiance dans les pays dans lesquels il m'arrive d'intervenir.

Jacques BOUYSSOU : Quels engagements tirez-vous de votre implication dans la CIB ?

Martin PRADEL : J'ai tiré de mon travail au sein de la Conférence Internationale des Barreaux la conviction que nos Ordres sont des institutions indispensables à la promotion de la démocratie et de l'état de Droit dans des pays dans lesquels l'avocat, quand il défend, quand il conseille, ou simplement quand il écoute dans le secret un justiciable, est un gêneur. La Conférence Internationale des Barreaux, qui est aujourd'hui animée par le Bâtonnier Bernard VATIER est un « lieu » dans lequel se retrouvent tous les barreaux de l'espace francophone pour se soutenir les uns les autres dans leur effort de développement, de promotion de la démocratie et de la paix, dans un monde multiculturel et multilatéral. La CIB est un formidable outil de promotion des valeurs auxquelles je crois. Chaque jour, la Conférence Internationale des Barreaux illustre à la perfection l'idée que les avocats du monde ne peuvent qu'agir qu'ensemble, pour promouvoir leur idéal.

Jacques BOUYSSOU : Un souvenir fort que vous aimeriez partager avec vos confrères parisiens ?

Martin PRADEL : Il y en a beaucoup, mais si je devais choisir, je vous parlerais de la manifestation silencieuse qui a eu lieu au tout début du mois de janvier 2011, à Tunis, alors que des avocats avaient été arrêtés pour avoir protesté contre l'usage de la violence, par la police Tunisienne, pour réprimer le début d'une révolte qui conduira à la chute du Président Ben Ali. Ce rassemblement, auquel j'ai participé pour y représenter la Fédération Internationale des droit des l'Homme et la Conférence Internationale des Barreaux, était particulièrement émouvant en ce qu'il rassemblait des avocats de toutes les tendances, dont la seule exigence à l'égard des pouvoirs publics était - sans aucune outrance - de demander l'application de la loi. Je conserve de cet événement un souvenir intact et très ému. Les avocats de Tunisie ont joué à l'époque un rôle majeur, qui a été justement salué.

Il faut dire aujourd'hui que dans un grand nombre de pays, que se soit en Arabie Saoudite, en Egypte, en Malaisie, au Vietnam, au Congo, et en Colombie par exemple, il y a des avocats pour se lever et refuser le fonctionnement de justices qui leur semblent partiales ou instrumentalisées, ces confrères sont souvent poursuivis, emprisonnés et menacés, quand ils ne sont pas simplement supprimés, et je dois dire que je suis fier d'appartenir à un barreau qui sait apporter son soutien à ces avocats, qui ne font que leur devoir.