Editorial

Portrait international - Claude Le Ganoach-Bret

Mis à jour le 16.06.2015

Spécialiste de la Chine, Claude Le Ganoach-Bret inaugure cette nouvelle série de portraits internationaux.

Quel a été votre premier contact avec la Chine ?

Alors que j'étais étudiante à Assas, j'ai décidé d'étudier le chinois, par curiosité intellectuelle.( En faisant ce choix, je ne savais pas que la Chine allait devenir le fil conducteur  de ma vie professionnelle). Etudier le chinois, m'a bien sur donné envie de me rendre en Chine,  ce qui était assez compliqué à l'époque.

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Je m'y suis rendue pour la première fois en octobre 1972, jusqu'en février 1973. Les échanges  entre étudiants avaient été suspendus pendant la révolution culturelle, et j'ai eu la chance  de partir  travailler à Pékin, puis Shanghai, dans le cadre d'une exposition scientifique et technique française

Comment avez-vous été amenée à pratiquer en Chine ?

Après avoir travaillé pendant dix ans dans la société d'ingénierie  TECHNIP (qui m'avait recrutée pour ouvrir son bureau de représentation à Pékin, dans la cadre de la réalisation d'un complexe petro - chimique  à Liaoyang, puis m'avait fait rejoindre son équipe commerciale à Paris, ce qui m'a permis  de participer à des négociations  en Chine dans  des domaines aussi variés que la chimie, la pétrochimie, le papier, le verre, la bière etc.), j'ai souhaité revenir  à ma formation d'origine, le droit. Et ce d'autant plus que j'avais assisté à l'émergence du droit chinois des affaires, à partir du lancement, en 1979, de la politique d'ouverture de la Chine 

Mon expérience professionnelle en Chine, me donnant une formation de praticienne assez irremplaçable, alliée à ma formation en droit et en chinois, a permis mon recrutement en 1986 par le cabinet Meyer -Verva-Dupont, premier cabinet français à s'implanter en Chine.(ce cabinet s'est ensuite allié à DS, pour finalement décider de ne plus suivre les affaires chinoises).

Quelles sont les principales difficultés auxquelles vous avez été confrontée dans votre exercice ?

Dans les premières années, il était parfois difficile de communiquer, lors des négociations commerciales, avec des interlocuteurs  sans grande culture juridique, puisque  le droit des affaires était en formation et que la notion de hiérarchie des textes était balbutiante . 

Ensuite, la formation d'avocats chinois,  la mise en place de lois et réglementation a permis de construire un cadre juridique de plus en plus complet . Mais paradoxalement, le foisonnement des textes crée une  insécurité juridique assez grande du fait d'interprétations divergentes, autorisées par  pouvoir discrétionnaire des fonctionnaires chinois .  

 

Un souvenir fort que vous aimeriez partager avec vos confrères parisiens ?

Difficile  de choisir un moment fort dans une carrière aussi longue ! Je citerai, dans le désordre :

  • l'aboutissement au bout de dix ans  d'une négociation pour la création d'une  joint venture franco-chinoise, avec  une multiplicité de contrats, s'imbriquant les uns dans les autres, avec des réunions s'éternisant avec le partenaire, mais aussi  avec les administrations locales et nationales, *un refus par  l'administration fiscale de Pékin d'appliquer la convention fiscale franco-chinoise sous prétexte de dispositions divergentes d'un circulaire du bureau national des taxes,
  • la cérémonie au Ministère de la justice pour l'obtention de la première licence de DS à Pékin,  mais aussi...une autocritique devant le bureau de la justice pour éviter une suspension de cette licence,
  • la remise d'une médaille  (staff of honor), en tant qu'administratrice indépendante de la société SUPOR, cotée à la bourse de Shenzhen,
  • la surprise quand l'avocat chinois avec lequel nous travaillions pour un client en prison  m'a annoncé, huit jours avant l'audience, la décision  du magistrat ( mais enfin, Claude, depuis le temps que tu travailles  en Chine, tu ne sais pas comment sont prises les décisions de justice...)