Editorial

MERCI !

Chronique

Mis à jour le 22.12.2015

Le mois de décembre, qui s’achève déjà, aura été riche en évènements pour nôtre barreau dont la deuxième Université d’hiver aura réuni, à Sciences Po, plus de 1.300 participants autour du thème « Toute la vérité ».

Inaugurée par le Quartet du dialogue national de Tunisie, prix Nobel de la paix 2015, et achevée  par le récit plein d’émotion et d’enseignements de Beate et Serge Klarsfeld, nôtre université aura été pendant deux jours l’épicentre du débat et de la réflexion. 

Autour de la notion de vérité, nous avons convoqué le meilleur de notre profession, de grands penseurs et des représentants de la société civile qui ont, par leur engagement et leur action, ouvert les yeux de leurs contemporains sur des réalités trop longtemps cachées. 

Nous retiendrons, entre autres, les échanges parfois acerbes d’Hubert Védrine et de François Sureau, laissant  apparaître une vision commune et, il faut le reconnaître, bien pessimiste du droit d’asile à l’échelle européenne ; la lucidité de Marc Trévidic pour qui l’intervention du juge n’entrave en rien l’efficacité de la lutte antiterroriste ; la précision et le tranchant des mots de Thierry Levy, de Jean-Yves Le Borgne et de Raphaël Enthoven sur la notion d’aveux ; l’appel au temps et à la mesure de Michel Rocard. 

En cette période de bruits et de fureur où beaucoup sont prêts à troquer leurs libertés les plus fondamentales contre une sécurité illusoire, saluons ces femmes et ces hommes qui nous donnent la force de résister à la barbarie. Soulignons, comme le Président de la République l’a encore fait, en nôtre présence, après avoir remis les insignes de commandeur de la Légion d’Honneur au quartet du dialogue national de Tunisie, qui comporte deux bâtonniers, que nous, Avocats, constituons le premier rempart de la Démocratie. 

Mais ce rempart est fragile et il importe de rappeler que nombre de nos confrères dans le monde risquent chaque jour leur vie pour défendre les droits de leurs concitoyens. C’est la raison pour laquelle, avec le CNB, nous avons reconstitué, le 10 décembre, «l’Observatoire International des Avocats en Danger» coprésidé par Robert Badinter et Fatimata M’Baye. Avocate, Présidente de l’Association Mauritanienne des Droits de l’Homme et ancienne vice-présidente de la FIDH. 

Comme nous l’avons proclamé au fronton de la maison du barreau « 500 avocats sont en danger dans le monde » et nous répondrons toujours présent pour les défendre et pour faire avancer les droits de la défense hors de nos frontières mais également en France où ces droits sont aujourd’hui menacés par la mise en place d’un état d’urgence inutile et même dangereux. 

Nous n’avons eu de cesse de rappeler, y compris devant la garde des Sceaux à l’occasion de nôtre discours de rentrée, que l’Etat dispose des moyens juridiques nécessaires pour lutter contre le terrorisme sans se priver du contrôle des juges. Nous savions que le fait de laisser la police agir sans ce contrôle nécessaire aboutirait aux pires dérapages. Et nous en sommes bien là !

À ce jour 2700 perquisitions administratives ont été effectuées de jour comme de nuit, 360 assignations à résidence ont été ordonnées, on ne compte plus les bavures inéluctables pour aboutir à ce jour à … une seule mise en examen pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. 

Il ne se passe pas un jour sans que nous parviennent des récits d’exactions indignes de la patrie des droits de l’Homme. Nous avons mené la lutte contre les écoutes des avocats, contre la loi renseignement, contre la déliquescence de l’accès au droit mais, au moment de quitter nos fonctions à la tête de l’Ordre, nôtre profession a un nouveau combat à mener.   

Il appartiendra à nos successeurs, Frédéric Sicard et Dominique Attias, en bonne intelligence avec le Conseil national des barreaux, de poursuivre ce combat jusqu’à ce que l’état d’urgence expire. Nous les soutiendrons, de même que tous les défenseurs de l’état de droit et de la liberté. 

Nous avons été fiers de porter vôtre voix au cours de ces deux dernières années. Nous avons réformé la gouvernance de nôtre barreau, lui avons donné davantage de visibilité auprès des pouvoirs publics et dans les médias, donné la priorité à l’innovation et à la solidarité dans de nombreux domaines et laissé des comptes bénéficiaires. L’avenir nous dira ce qu’il restera de notre action mais pour tout ce que vous nous avez apporté au quotidien nous vous disons Merci !

Pierre-Olivier Sur
Bâtonnier de l’Ordre

Laurent Martinet
Vice-bâtonnier de l’Ordre