Editorial

In memoriam Georges Flécheux (1929 - 2018)

Mis à jour le 06.03.2018

Le bâtonnier Georges Flécheux s’est désormais soustrait au temps qui passe.

De son histoire, niçoise et parisienne, de ses mérites, de ses titres, du bâtonnier qu’il fut, mettant en œuvre la réforme de la profession d’avocat, le secrétaire général de l’Ordre a, la semaine dernière, tout dit ou presque.

Ces quelques lignes n’ont pas d’autre ambition que de rappeler mes souvenirs de celui qui a guidé mes premiers pas au barreau.

C’était au printemps 1980, je préparais le CAPA et mon grand-père m’incitait à quitter ma province, pour quelques années au moins.

Parce que Monsieur Flécheux avait connu mon père, j’obtins un rendez-vous et pour la première fois, je franchissais le seuil du 17 avenue de Lamballe.

Au premier étage, je me rappelle encore l’attente, surveillé par une affiche représentant les chevaux de Saint-Marc.

Mes vingt-et-un ans étaient tout sauf formidables, mais Monsieur Flécheux était bienveillant, alors il m’offrit la chance de rejoindre son cabinet dès que j’aurai prêté serment.

On doit, quand on parle de Georges Flécheux, se rappeler ce qu’était le cabinet de l’avenue de Lamballe, un lieu chargé d’histoire, investi par des avocats de plusieurs générations, convaincus de la nécessité d’unir leurs forces, avant d’expérimenter la difficulté de conjuguer longtemps des personnalités éclatantes.

Le petit toulousain que j’étais y a tout appris.

Par exemple, que la confiance se donne d’abord, mais qu’elle se mérite ensuite : le premier dossier que Monsieur Flécheux me demanda d’examiner concernait un arbitrage international qui l’opposait à Jean-Denis Bredin… D’emblée, tout me parut insolite, mais les choses se déroulaient ainsi : on ne passait pas avenue de Lamballe, on y restait si l’on pouvait ajouter à sa valeur le goût du travail.

Ce furent six années heureuses et fécondes.

J’ai aimé et admiré le bâtonnier Philippe Lafarge comme un père, mais Georges Flécheux demeure pour moi un exemple de précurseur, soucieux du moindre détail, comme lorsqu’il relégua son bureau Louis XV pour le remplacer par une table où chacun pourrait travailler à égalité et commodément.

Car Monsieur Flécheux était attentif aux autres, épicurien, hôte délicieux et séducteur.

Jamais personne ne m’avait parlé de l’Italie comme il le faisait et je m’enthousiasmais pour sa culture, sa curiosité, son goût pour les voyages et la beauté du monde.

Il avait le regard bleu clair et le sens de la formule.

Parce qu’il avait du talent, il frappait juste mais n'humiliait jamais.

Le bâtonnier Flécheux était un juriste d’exception, sa courtoisie était parfaite et son humanité bienveillante.

C’est l’image qu’à jamais  je garderai de lui.

Pascal Saint Geniest
Ancien Bâtonnier du Barreau de Toulouse