Editorial

Le procès Hissène Habré ajourné

Droits de l'Homme

Mis à jour le 05.11.2015

Le 20 juillet dernier s’est ouvert à Dakar devant les Chambres Africaines Extraordinaires (CAE) le procès de l’ancien président tchadien, Hissène Habré. Jugé pour crime contre l’humanité notamment, il refuse catégoriquement de participer à ce qu’il estime être une parodie de justice, « une honte ». Le procès a été ajourné au 7 septembre pour permettre à ses avocats commis d’office de prendre connaissance du dossier.

Entre juin 1982 et décembre 1990, Hissène Habré a régné sur le Tchad d’une main de fer. D’après la Commission tchadienne d’enquête de 1992, les huit années de sa présidence ont fait 40 000 morts et près de 200 000 victimes de torture et de violence. Renversé par un coup d’Etat en 1990, Hissène Habré s’enfuit au Sénégal emportant avec lui 28 millions de dollars volés au Trésor public tchadien. Ce n’est que dix ans plus tard, en janvier 2000, que sept victimes tchadiennes déposent une plainte contre Hissène Habré au Sénégal en vertu de la compétence extraterritoriale.

Le procès s’est ouvert lundi 20 juillet 2015, mais face au refus catégorique de l’accusé de comparaître de son plein gré, ainsi que de se faire représenter par ses propres avocats, le tribunal spécial a décidé d’ajourner le procès au mois de septembre, afin que les trois avocats désignés pour défendre « les droits et les intérêts de Hissène Habré » puissent s’approprier le dossier.Après plus d’une décennie de déboires judiciaires, le Sénégal et l’Union Africaine annoncent en mars 2011 la création à Dakar d’une Cour internationale had hoc pour juger l’ancien président. En juillet 2013, Habré est enfin inculpé devant les Chambres Africaines Extraordinaires au sein des juridictions sénégalaises pour crimes contre l’humanité (contre les Hadjeraïs, les Zaghawas, les opposants et les populations du Sud), crimes de guerre et torture.

En effet, les avocats de Hissène Habré refusent de reconnaitre la légitimité des Chambres Africaines Extraordinaires et dénoncent un vaste complot porté par la France, la Libye de Kadhafi et l’auteur du coup d’Etat contre Habré, le président Idriss Déby Itno. Les avocats ne se sont donc pas présentés à l’audience, mais le tribunal spécial a forcé l’ex-dictateur à comparaître. La loi exigeant la présence d’un avocat au côté d’un accusé, la Cour a dû désigner des avocats du barreau de Dakar.

Le délai de 45 jours qui est accordé aux avocats commis d’office ne permettra la reprise du procès qu’à compter du 7 septembre 2015. La Cour d’assises sera présidée par le Burkinabè Gberdao Gustave Kam, assisté de magistrats sénégalais.

Suite aux audiences qui doivent se dérouler sur trois mois, le jugement sera mis en délibéré, puis une audience civile portera sur les dommages et intérêts. L’ex-dictateur encourt trente ans de prison, et possiblement l’emprisonnement à perpétuité « si la gravité du crime le justifie ». L’accusé et le parquet général peuvent faire appel du jugement, ce qui entraînerait un nouveau procès devant la chambre d’appel des CAE, dont les arrêts ne sont susceptibles d’aucun recours. En attendant, Habré est détenu dans un pavillon spécialement aménagé à la prison du cap Manuel, à Dakar.