Editorial

L’avocate turque Eren Keskin, défenseure des droits de l’homme, menacée de radiation de la profession.

Mis à jour le 14.03.2018

L’Observatoire International des Avocats en danger (OIAD) fait part de sa vive inquiétude concernant la situation d’Eren Keskin, avocate et figure emblématique des droits de l’homme en Turquie qui est sous le coup d’une demande de radiation du Barreau de la part du Président turc.

Le 9 mars 2018,

Eren Keskin est avocate au barreau d’Istanbul et vice-présidente de l’association turque des droits  de l’Homme (IHD). Elle est également co-fondatrice du projet Aide juridique pour les femmes qui ont été violées, ou abusées sexuellement notamment lors des gardes à vue.

Depuis plus de trente ans,  cette avocate prend tous les risques dans sa lutte en faveur des droits fondamentaux, en particulier ceux des femmes et des minorités

Investie au sein de l’association des droits de l’Homme de Turquie (IHD), c’est aux côtés de cette organisation que dès les années 1990, elle mènera des enquêtes sur des villages kurdes incendiés, les expéditions punitives meurtrières contre la guérilla et les disparitions. À deux reprises, en 1994 et en 2001, elle est la cible d’attaques armées dont elle se sort de justesse. L’utilisation dans un article du mot « Kurdistan » lui vaut en 1995 un an de prison et un an d’interdiction d’exercer sa profession d’avocate. Aujourd’hui, elle est sous le coup de 143 procès différents ouverts à son encontre.

Arrêtée en août 2016 en compagnie de l’écrivaine turque Asli Erdogan, grande voix de la littérature turque, à cause de ses chroniques parues dans le journal pro-kurde Özgür Gündem, elle risque la perpétuité pour « propagande » et « appartenance à une organisation terroriste ».

Elle est également condamnée à des peines d’amendes allant jusqu’à 800 mille livres turques (200 000 euros) qu’elle a commencé à régler grâce notamment à une campagne de soutien lancée par l’association des droits de l’homme (IHD) et la fondation des droits de l’homme (TIHV)

Le nombre exorbitant de procédures judiciaires ouvertes à son encontre témoigne à lui  seul du harcèlement manifeste  dont elle est l’objet.

C’est dans ce contexte que le Barredau d’Istanbul a été saisi début février 2018 par les avocats du président turc d’une demande de radiation d’Eren Keskin  au motif notamment du non-paiement des amendes sus mentionnées, et infligées pour « propagande », « atteinte à l’intégrité territoriale de l’Etat », « appartenance à une organisation terroriste » et « insulte au Président de la République »

Le Barreau d’Istanbul a donné suite à cette saisine et demandé à Eren Keskin ses observations écrites. Mme Keskin a communiqué ses observations en mettant en exergue les décisions de la Cour européenne des droits de l’Homme et rappelé les principes de base relatifs au rôle du barreau adoptés par les Nations-Unis à la Havane le 7 septembre 1990.

L’OIAD appelle les autorités turques à cesser immédiatement le harcèlement judiciaire contre Eren Keskin et à veiller à ce qu’elle puisse exercer son droit à la liberté d’expression, et mener à bien son travail d’avocate et de défenseure des droits humains.

Il appelle également les respecter les Principes de base relatifs au rôle du barreau, adoptés par les Nations-Unis à la Havane en 1990 et notamment ses  Principes 16, 18 et 23 qui prévoient que :

  • « Les pouvoirs publics veillent à ce que les avocats a) puissent s'acquitter de toutes leurs fonctions professionnelles sans entrave, intimidation, harcèlement ni ingérence indue; b) puissent voyager et consulter leurs clients librement, dans le pays comme à l'étranger; et c) ne fassent pas l'objet, ni ne soient menacés de poursuites ou de sanctions économiques ou autres pour toutes mesures prises conformément à leurs obligations et normes professionnelles reconnues et à leur déontologie. » Principe 16
  • « Les avocats ne doivent pas être assimilés à leurs clients ou à la cause de leurs clients du fait de l'exercice de leurs fonctions. » Principe 18
  • « Les avocats, comme tous les autres citoyens, doivent jouir de la liberté d'expression, de croyance, d'association et de réunion. En particulier, ils ont le droit de prendre part à des discussions publiques portant sur le droit, l'administration de la justice et la promotion et la protection des droits de l'homme et d'adhérer à des organisations locales, nationales ou internationales, ou d'en constituer, et d'assister à leurs réunions sans subir de restrictions professionnelles du fait de leurs actes légitimes ou de leur adhésion à une organisation légitime. Dans l'exercice de ces droits, des avocats doivent avoir une conduite conforme à la loi et aux normes reconnues et à la déontologie de la profession d'avocat. » Principe 23

 

 

Qui sommes-nous ?

L’Observatoire international des avocats en danger a été fondé par le Conseil national des barreaux (France), le Barreau de Paris (France), le Consejo General de la Abogacía Espanola (Espagne), et le Consiglio Nazionale Forense (Italie). Son objectif est de mener une veille permanente de la situation des avocats menacés dans le monde en raison de l’exercice légitime de leur profession et de porter assistance aux avocats dont la vie, la liberté ou l’exercice professionnel sont menacés.

 

Sont membres actifs de l’OIAD :

 

 

 

Cameroun

Barreau du Cameroun

 

Espagne

Barreau de Barcelone

Colegio de Abogados del Senorio de Bizkaia (Bilbao)

Colegio Legi de l'Advocacia de Lleida

Barreau de Madrid

Colegio de Talavera de la Reina (Toledo)

 

France

Barreau de Caen

Barreau des Hauts-de-Seine

Barreau de Metz

Barreau de Montpellier

Barreau de La Rochelle - Rochefort

Barreau de Lyon

Barreau de Rouen

Barreau de Strasbourg

Barreau de Tour

Barreau de Thonon les Bains

Barreau de Rennes

 

Italie

Barreau de Bari

Barreau de Brescia

Barreau de Messina

Barreau d’Oristano (Sardaigne).

Barreau de Rome

Barreau de Milan

Barreau de Turin

 

Suisse

Ordre des avocats de Genève

 

Turquie

Barreau de Dyarbakir