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Journée internationale de l’avocat en danger : rencontre avec Saïf-ul-Malook, avocat d’Asia Bibi

Mis à jour le 24.01.2020

Saïf-ul-Malook est constamment menacé de mort en raison des dossiers particulièrement sensibles qu’il est le seul au Pakistan à accepter de défendre. Il a ainsi rappelé le contexte qui l’a conduit à prendre la défense d’Asia Bibi.

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Le 21 janvier 2020, à l’invitation de l’Observatoire international des avocats en danger, Saïf-ul-Malook, avocat d’Asia Bibi, chrétienne pakistanaise injustement accusée de blasphème et condamnée à mort, intervenait lors d’une conférence à la Maison du barreau.

Cette conférence s’inscrivait dans le cadre de la journée internationale de l’avocat en danger, qui se tient tous les 24 janvier et qui était dédiée cette année aux avocats au Pakistan. Le bâtonnier de Paris Olivier Cousi et Richard Sédillot, membre de la commission Libertés et droits de l'homme du Conseil national des barreaux, sont intervenus en introduction de la conférence et Martin Pradel, secrétaire de la commission internationale, en charge des relations internationales du barreau de Paris, animait les débats.

Saïf-ul-Malook est constamment menacé de mort en raison des dossiers particulièrement sensibles qu’il est le seul au Pakistan à accepter de défendre. Il a ainsi rappelé le contexte qui l’a conduit à prendre la défense d’Asia Bibi.

En 2011, Salman Taseer, gouverneur du Punjab, a été assassiné par son garde du corps, Mumtaz Qadri, pour avoir officiellement soutenu Asia Bibi condamnée à mort en première instance pour blasphème. Mumtaz Qadri clamait qu’en soutenant une femme accusée de blasphème, le gouverneur avait blasphémé lui aussi, et donc qu’il était de son devoir de musulman de l’assassiner. Mumtaz Qadri est apparu comme un héros et personne ne souhaitait le poursuivre par crainte pour sa propre vie. Saïf ul-Malook a été le seul à accepter de devenir procureur spécial dans cette affaire. Mumtaz Qadri a finalement été condamné à mort en 2011 puis pendu en 2016, après avoir épuisé tous les recours disponibles.

Fin 2014, alors qu’Asia Bibi venait de perdre son procès en appel devant la Haute Cour de Lahore qui confirmait sa condamnation à mort, Saïf-ul-malook a été sollicité pour prendre sa défense. Il savait que ce dossier l’exposerait encore davantage à la haine populaire et aux menaces de mort. Le travail de défense de Saïf ul-Malook auprès de la Cour suprême a permis de mettre en évidence le manque de preuves et les incohérences dans les témoignages.

Asia Bibi est restée dix ans dans le couloir de la mort avec des conditions d’incarcération particulièrement difficiles. Saïf ul-Malook a d’ailleurs tenu à rendre hommage à cette femme exceptionnelle qui n’a jamais perdu espoir : « Le 10 octobre 2018, je lui ai dit qu’on avait gagné et elle m’a répondu qu’elle avait fait un rêve la nuit passée dans lequel les portes de sa cellule s’ouvraient ; c’était un rêve prémonitoire, un message du Christ. »

Après la décision de la Cour suprême en octobre 2018 et les violentes protestations dans le pays, l’avocat a été obligé de fuir le Pakistan. Il était devenu la cible numéro 1 des fondamentalistes. Il reçoit rapidement un permis de résidence aux Pays Bas pour lui et sa famille. Pourtant, il va préférer faire le choix de perdre son statut de réfugié afin de retourner au Pakistan et rejoindre Asia Bibi à l’occasion du dernier recours contre la décision de la Cour suprême. Asia Bibi sera définitivement acquittée le 29 janvier 2019. Elle vit à présent au Canada avec sa famille.

Aujourd’hui, Saïf ul-Malook défend un nouveau cas de blasphème, celui du couple Shagufta Kousar et Shafqat Masih, condamné à mort pour avoir envoyé des SMS blasphématoires.

Particulièrement courageux, Saïf ul-Malook est hélas très isolé. Depuis 2011 et l’affaire Asia Bibi, aucun barreau au Pakistan, tant de sa ville d’origine que de la Cour suprême d’Islamabad, n’a accepté de le soutenir, qu’il s’agisse d’un simple communiqué ou de demander des mesures de protection et de sécurité pour sa personne. Une absence de soutien que l’on retrouve sur le plan gouvernemental.

L’avocat a donc plus que jamais besoin de sentir l’appui de la communauté internationale. Il appelle ses confrères pakistanais à le rejoindre dans la défense de ces cas considérés dans son pays comme particulièrement sensibles. Pour lui, la seule façon de pouvoir mettre un terme à cette forme de justice populaire c’est d’éduquer les populations. Seule l’éducation pourra apporter une évolution des mentalités.

Le barreau de Paris, le Conseil national des barreaux et l’Observatoire international des avocats en danger vont travailler ensemble pour accompagner notre confrère Saïf ul-Malook dans le cadre de son plaidoyer international et dans la mise en œuvre de mesures de protection et de sécurité.

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Saïf-ul-Malook : avocat d’honneur du barreau de Paris

Lors de sa séance du  21 janvier 2020, le Conseil de l’Ordre a attribué à l’unanimité la qualité d’avocat d’honneur du barreau de Paris à notre confrère Saïf-ul-Malook pour son travail exceptionnel de défense.

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